Je pensais tenir ce blog éloigné de la politique. Et pourtant… Tout est affaire de choix politique dans la vie, d’autant plus à la (courte) échelle d’une ville. Et pourtant, à Niort, on n’a peut-être pas de realpolitik (quoique), mais on a la “rock’n'roll politique”. On devrait en rire… si ce n’était à pleurer. En ce début d’année, la guerre des tranchées commence. Elle promet d’être aussi saignante que 14-18. Mais pas forcément où l’on croit.
Pas moins de trois (si je compte bien…) listes de gauche : une officielle (celle de Geneviève Gaillard), une non-officielle (celle d’Alain Baudin) et une dissidente (celle de Joël Renoux). Cherchez l’erreur et chacun y retrouvera ses petits. Ou non.
Petit tour des forces en présence avant la bataille qui s’annonce aussi sévère que celle qui opposa, en un temps qu’on croyait révolu, Ségolène Royal et Bernard Bellec (avec Alain Baudin déjà aux avant-postes, comme c’est bizarre).
Geneviève Gaillard, la députée brillamment réélue en juin, officiellement investie par le Parti socialiste. Qui a réussi le tour de force de rassembler dès le premier tour les militants de la gauche unie (PS, PC, Verts et PRG) autour de son projet Niort Solidarité Capitale. Ses plus ardents détracteurs ? Ses propres “camarades” du PS devenus frères ennemis, qui brandissent comme seul étendard leur farouche opposition au non-cumul des mandats (parce qu’avec un fauteuil de maire plus un à la CAN et un autre à la Région, Baudin n’est pas cumulard ?). Pendant que d’aucuns se tortillent sur leur siège éjectable, Geneviève Gaillard écoute les propositions des Niortais et s’apprête à présenter un projet qui donnera l’élan salutaire dont a besoin notre belle endormie.
Alain Baudin, le maire “sortant”. Je me demande encore comment peut-il sortir vu qu’il n’est pas entré (1) … n’ayant pas été élu par les Niortais. Désavoué par les militants du Parti socialiste lors de la désignation, et alors même qu’il s’était engagé à respecter leur vote (il sera bien obligé de respecter celui des électeurs), voilà Alain Baudin lancé à corps perdu (et cœur défendant) dans une campagne fratricide pour conserver son moelleux fauteuil. A ses côtés, le soutien d’une nouvelle association, Niort Résolument qui a son siège à l’hôtel municipal de la vie associative (tiens donc ?) et ne brille pas par son orthographe (comme ses copains du Modem d’ailleurs). Roule aussi pour lui la section “dissidente” du PS, qui se permet d’afficher sur son site le logo au poing et à la rose alors que la création de ladite section a été officiellement refusée, ce me semble, à la fois par les instances départementales et nationales du Parti. En entretenant surtout, et avec une délectation guère dissimulée, la confusion dans l’esprit de tous. Le comble : elle invite les militants à demander leur transfert vers… cette nouvelle section qui n’a pas d’existence légale ! Ce pourrait être drôle si ce n’était si grotesque.
Le Modem qui, comme partout en France, voudrait bien se faire une place au soleil… Où qu’elle soit ! En tentant de faire oublier l’ancienne UDF chère à Giscard, dont les représentants ministres sont alliés à Sarkozy après avoir voté les lois du gouvernement Raffarin d’abord, Villepin ensuite. Et on veut nous faire croire qu’ils font fi des clivages politiques ? Comme le dit la chanson de Dutronc, ils retournent leur veste, toujours du bon côté. A Bordeaux, ils ont rejoint la droite de Juppé, tout comme à Parthenay celle d’Argenton. A Niort, c’est la prétendue gauche d’Alain Baudin - est-ce une surprise ? Sûr, ça doit être chaud les réunions du comité départemental ! “Réveillez-vous”, qu’il dit, Olivier Decroix, sur le site du Modem79. Il a raison le bougre, faut se bouger les gars : sur le blog, on cherche partout les raisons/explications de ce ralliement… en vain. Même certains militants sont tombés de l’armoire, paraît-il. Belle leçon de “démocratie” en tout cas.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Vous croyez naïvement que le PC, les Verts et le PRG soutiennent la candidate officielle, Geneviève Gaillard ? Cela devrait être la logique, et c’est effectivement le cas des instances locales dûment accréditées représentées. Sauf que les élus sortants de ces mêmes partis se sont rangés, eux… du côté d’Alain Baudin. Euh, ça ne les gêne pas un tout petit peu de se retrouver aux côtés de la droite ? C’est sûr, Niort mérite plus que jamais son slogan de “ville de tous les sports”.
Vous suivez toujours ? Comme, ici, on ne fait jamais les choses à moitié, s’est aussi déclarée Avenir niortais, la liste de Joël Renoux, en dissidence du PS depuis… longtemps. Avec pour mot d’ordre : “la baisse des impôts doit être un principe de bonne gouvernance”. Si avec ça on ne lorgne pas vers la droite, j’y perds mon latin…
Pendant ce temps-là, Marc Thébault se frotte les mains tout en affichant enfin, succès de la vague bleue oblige, son appartenance à l’UMP de Sarko. Il décline sa campagne sous le titre Niort d’abord (c’est d’un original !), avec un (grand) portrait en pied (comment ça, un égo démesuré ?) du monsieur en costard noir, la main tendue vers son (petit) post-it aux “mille idées” : 24 à ce jour, mais le dénommé “jmp” compte triple (au moins). Pour une liste d’ouverture… à la façon du petit Nicolas et avec les mêmes cafouillages dans les rangs ?
Alors, on est en droit de se poser la question : à qui profite le crime ?
A la presse régionale, qui vend son papier tout en ménageant la chèvre et le choux (on ne sait jamais) ? Aux blogueurs locaux, qui font leurs délices de ce “muppet show” niorto-niortais (cité sur le blog de Lihns, qui commence comme son copain Fraise à ratisser réac dans les grandes largeurs) ? Aux Niortais, qui vont avoir le choix, au risque d’éparpiller leur vote et de perdre la raison ? A la droite, qui n’en aurait jamais espéré tant pour avoir enfin - sur un plateau - l’occasion de ravir ce fief longtemps convoité ? A moins que Baudin et Thébault ne se soient déjà alliés en secret en prévision du deuxième tour…
Pas à la politique assurément, qui ne sort pas grandie d’une situation qui va faire mal. Et pour longtemps. Au mépris du sens premier du mot : l’art de servir la cité. Dans deux mois, les urnes auront parlé. Espérons qu’elles auront donné à Niort le nouvel élan qui lui manque pour tourner la page. Nous en avons cruellement besoin, non ?
(1) C’est des mains du maire démissionnaire qu’Alain Baudin a reçu, fin 2002, les clés de la ville. Un Bernard Bellec qui, cinq ans plus tard, réapparaît comme par enchantement opportunément en marionnettiste lors des vœux, début janvier au Moulin du Roc. Celui qui a joué son départ à la Jospin tenterait-il un retour aussi “fracassant” que son modèle ?
MAJ 22h50
J’ai écrit ce billet très tôt ce matin (ou très tard hier soir, c’est selon). En me demandant sans oser y croire si le chef de file historique de l’opposition à Niort, écarté du combat depuis le putsch de Marc Thébault, était parti à la plage ou se refaire une santé dans sa clinique. Nouvel épisode aujourd’hui dans la presse : Alain Garcia se dit prêt à rejoindre Alain Baudin ! Voilà, maintenant au moins on est fixés sur l’engagement des uns et des autres. A droite aussi, c’est rock’n'roll.