Hier, je suis allée au concert d’Aaron à l’Espace culturel Leclerc. Alors je rectifie : j’ai écrit voici quelques jours que c’était le concert de la semaine, ce sera à n’en pas douter l’une des soirées marquantes de l’année. Sur scène, ambiance minimaliste des lumières pour un clavier-guitare-machines, une voix au timbre bien posé et une belle au violoncelle. Dans nos oreilles, un festival de couleurs et d’images. Chaque chanson se définissant comme un nouveau commencement, une étincelle dont on ne se lasse pas. Aaron, c’est bien plus que la petite musique du film qui les a propulsés dans les médias. C’est beau comme du Bach, simple mais pas simpliste comme du Beatles, fort comme du Stranglers. Pour une fois, je suis d’accord avec la presse spécialisée. Me voilà moi aussi sous le charme de ce duo par ailleurs sympathique, que les Niortais ont eu bien du mal à laisser partir après les rappels.
C’est quoi une fille rock’n'roll aujourd’hui ? Exemple avec la miss Adrienne Pauly. Depuis la sortie de son album l’an dernier, la belle ébouriffée a baladé sa gouaille sur toutes les scènes de l’Hexagone et d’ailleurs (Bourges, Belfort, Spa, Francos…). Cet automne encore, elle tourne beaucoup sur les routes et s’affiche le 10 novembre à l’Elysée Montmartre avec “du rêve, du rock, des méchants cafards et des mecs…”
A Niort, on programme souvent - avant les autres - les stars de demain. Ce fut le cas de Cali, Bénabar, Mademoiselle K et de bien d’autres. Les ceusses qui ont les oreilles en alerte se sont laissé surprendre par cette nouvelle fiancée du rock français en mars dernier, lors de l’opération Nouvelles Scènes. Une pépite que l’on doit aux défricheurs de talents du Loup blanc et de l’Espace culturel Leclerc. Pour ceux qui ont raté l’événement, il reste les vidéos sur le net. Comme sa première télé à Taratata. Ou ce portrait par Télérama.
Parfaitement décortiquée par le nouveau site d’Arrêt sur images, la drôle (??) de mésaventure de quelques journalistes de la Liberté de l’Est, qui ont (trop) bien fait leur travail lors du “Grenelle” lorrain à Epinal. Avec la sanction immédiate du préfet, qui leur ferme les portes des administrations du département… Une enquête de Romain Boutilly à lire ici.
Pour le reste, le nouveau ASI remplit mieux que bien son office !
“Nous croyons que l’art peut sauver le monde, mais de préférence tout de suite… et qu’il doit s’épanouir… en rue libre…”
Pour la première fois, les arts de la rue déferlent en collectif sur la France, à l’échelle nationale et à l’initiative des professionnels (voir le manifeste). Cochez la date sur le calendrier : ce sera le 27 octobre. A Niort, belle occasion de réunir toutes ces compagnies niortaises qu’on adore (moi en tout cas !), pour leur talent, leur sens de l’impro, leur gentillesse et leur bonne humeur.
* Volubilis (photo) avec son “system for ladies and gentlemen aussi”, boniment chorégraphique pour un comédien et deux danseurs. En attendant les prochaines aventures de Bénédicte Pilchard, l’irrésistible traductrice d’espéranto gestuel (pour vous rafraichir la mémoire, c’est par là) .
* Notre Service de nettoyage des oreilles bouchées, alias le Snob, dans une prestation originale, Glissendo, que nous allons enfin pouvoir découvrir (quelques lignes ici).
* Enfin les joyeux Traîne-Savates, dont le dernier spectacle, Rencontre d’un second genre, sera en juin au Moulin du Roc : quand une fanfare de rue croise des danseurs hip-hop (si vous ne les connaissez pas déjà, lisez ceci).
Le tout avec de nombreux soutiens bien sûr. Collectivités (ville, région) mais surtout professionnels : Cie Kioscoeur, E. Go, agence Le Loup blanc, Darri à la photo… (pardon à ceux que j’oublie !). Professionnels sans lesquels la vie manquerait singulièrement de sel à Niort, non ?
Qui oserait dire que Niort n’aime pas le rock’n'roll ? Rien que ce vendredi 26 octobre, voici deux soirées pour les pieds et les oreilles.
D’un côté, Aaron, le duo français qui a charmé toute la presse spécialisée, des Inrocks à Rolling Stones en passant par Longueur d’ondes. Même Libé y va de son portrait, relatant le “conte de fées” de ce petit groupe dont le titre “U-Turn (Lili) se fait remarquer dans un (bon) film qui marche contre toute attente, Je vais bien, ne t’en fais pas, de Philippe Lioret” (lire la suite). Olivier Coursier (piano, programmations, guitares) n’est autre que l’ancien guitariste de Mass Hysteria, qui enflammait Niort récemment (lire l’interview ici). Pour les voir en concert, c’est à l’Espace culturel Leclerc à 21 h et c’est LE concert de la semaine.
De l’autre, les Anges gardiens, un petit groupe français qui distille un pop-rock optimiste de bonne facture. C’est à découvrir dans le bar intimiste de l’Eclusier, à la même heure.
Photo : Mychèle Daniau AFP, sur le site de 20minutes
“Mobilisation historique des cheminots”, titre la NR ce matin. Pas un seul train n’a circulé dans le département lors de cette journée de mobilisation contre le massacre annoncé des retraites des régimes spéciaux. Entre 750 et 1 000 personnes manifestaient dans les rues niortaises hier.
Quant aux avocats, ils protestent contre l’absence de concertation, voire le mépris affiché par le gouvernement sur la réforme de la carte judiciaire. Sur la sellette dans les Deux-Sèvres : le tribunal de Bressuire. Au barreau niortais, toutes les désignations de commission d’office et d’aide juridictionnelle sont suspendues jusqu’au 25 octobre.
Du côté de l’hôpital, les internes sont en grève “totale et illimitée” depuis le 15 octobre. Comme leurs collègues au niveau national, ils réagissent aux menaces de conventionnement sélectif des médecins. Leur porte-parole expliquait parfaitement hier, dans le magazine de la santé sur France5, de quelle façon se déroule la prétendue “concertation” avec le gouvernement.
Depuis le temps que la rumeur courait (cf. Le net et la rumeur), on se demandait pourquoi l’Elysée tardait tant à officialiser le secret de Polichinelle du divorce présidentiel… Il est assez vertigineux de constater comment la confirmation de cette rupture longtemps tue attend l’heure propice du JT de la mi-journée (13h20) pour être annoncée, laissant toute latitude aux journaux du soir de préparer opportunément leur une pour la grand-messe du 20 heures. Les grands quotidiens en ont fait leurs choux gras, maintenant que le feu vert de l’Elysée est donné : Libé, Le Parisien, Le Monde. Tout le monde en parle, quoi, y compris les sérieux Le Point, L’Express et autre Rue89. Et même - et surtout ! - la presse étrangère, bien moins frileuse que la nôtre.
Et pendant ce temps, qu’est-ce qui se passe dans la vraie vie ?
Oh, rien, juste une France paralysée par la première grande grève de l’ère Sarkozy, ultime sursaut de quelques irréductibles contre l’entreprise de démolition de notre système de retraites. En cause : les régimes spéciaux, créés pour les métiers les plus pénibles. En dehors de toute considération d’ordre politique (quoique…), moi, en tant que simple usager (oserais-je usagère ?), imaginer qu’un conducteur de plus de 60 ans se retrouve aux commandes d’un train et de ma vie, ça me fait froid dans le dos. Par exemple.
Sinon, dans la série “comment-effacer-l’actu-qui-nous-dérange” en une leçon, ils sont super forts, les chargés de com de l’Elysée. Mes camarades sous les toits de la mairie feraient bien d’en prendre de la graine (joke).
On les classe parmi les pionniers de l’anti-folk en France. Depuis la fin des 90’s, les Herman Düne cumulent une centaine de titres officiels sur sept albums… sans maison de disques. Jusqu’à Giant, sorti chez Emi à l’automne 2006, alors que l’un des pilliers du groupe, André, s’est installé à Berlin, sans assurer ni la promo ni la tournée. Beatniks des temps modernes, leur vie, c’est la route et la scène. Partout. Dans les bars, les rues, les salles. Le 12 octobre à l’Espace culturel Leclerc, Herman Düne a donné toute la force de son talent : solaire et généreux, prolifique et léger. Après le concert, David-Yaya (chant-guitare) et Neman (batterie) se prêtent avec nonchalance et gentillesse au jeu de l’interview par l’ingénue de service.
Giant est le titre de votre album, sorti l’an dernier. Géant… comme vous ? Neman. On a pris ce nom car on a enregistré au Pays de Galle, dans un endroit mystérieux avec des histoires de géants, des contes. Et puis David, qui réalise toutes nos pochettes, avait envie de dessiner un géant. C’est David qui écrit les chansons.
Turner Cody a fait votre première partie et vous avez joué quelques morceaux avec lui. Ça vous arrive souvent ? David. Oui, il fait nos premières parties depuis longtemps. On a souvent eu des premières parties qui ne nous allaient pas dans l’ambiance, ça ne met pas de bonne humeur pour jouer après (rires). On préfère prendre quelqu’un comme Turner Cody qu’on admire, c’est bien de pouvoir développer un truc avec quelqu’un quand on peut choisir.
On a enregistré sur ses trois derniers albums avec nos musiciens, c’est un plaisir et c’est pratique par rapport à l’installation des instruments quand on joue juste après. Mais même avec des gens avec lesquels on n’a pas l’habitude, on le fait, de jouer sur leur partie. Comme avec Julie Doiron ou Jeffrey Lewis.
C’est quoi les sujets qui inspirent vos chansons ? David. Ce qui m’intéresse en fait, ce sont les chansons d’amour. En tant qu’auditeur aussi d’ailleurs. C’est le sentiment qui se marie le mieux avec les chansons.
Pourquoi ne chantez-vous qu’en anglais ? David. J’aime ça. Je trouve ça beau. Je n’aime pas les chansons dans une autre langue, les musiques faites pour un territoire en particulier, comme s’il fallait qu’on s’adapte à la cible et au marketing. Par exemple dans cette salle, il y a plein d’affiches de groupes qui ne tournent que sur un territoire particulier. Je trouve ça déprimant. C’est sûr, si je faisais de la musique instrumentale, je ne me poserais même pas la question. Neman. On a grandi avec la musique anglo-saxonne, nous n’avons pas d’affinités avec la musique française. David. La musique française, ce n’est pas ce que j’écoute. C’est un milieu renfermé sur lui-même, et j’aurais trop peur de me faire renfermer avec les autres !
Justement, quelles sont vos influences ? David. Essentiellement la musique américaine des années 1953-1973. Il y a une déferlante de groupes et de chansons incontournables, je ne pourrais pas les citer tous. Chuk Berry, Léonard Cohen, Bod Dylan, Hooker….
On se sent transporté aux États-Unis quand on vous écoute… David. C’est un pays que j’adore à plusieurs égards. Et pour plein de raisons. Là-bas je suis un étranger puisque j’ai la nationalité suédoise, mais c’est là-bas que je me sens chez moi. C’est un pays qui nourrit facilement la création, où il n’y pas de formes établies. Contrairement à d’autres où la chanson est comme un patrimoine national…
Qu’est-ce qui vous inspire après tout ce temps pour écrire des chansons ? David. Les mots eux-mêmes dans la langue anglaise, un agencement, des consonances. On croit savoir pourquoi on écrit et quelquefois, des années après, on se rend compte que non, ce n’était pas une idée. Juste jouer avec les mots.
“Il n’y avait donc pas de vraie rumeur sur internet. En revanche, il devait bien y avoir un peu de rumeur, pour que quelques billets de blogs en fassent état. Où était-elle, alors, cette rumeur ? Chez Libé, manifestement, au Monde, au Figaro. Elle circulait dans des rédactions. Et forcément, elle a un peu percé le bout de son nez sur internet, à travers quelques blogs, et à la faveur de quelques paroles ici ou là, notamment sur Europe 1.”
Visés, les blogueurs ? Au point de se sentir obligés de se justifier ?
“Une rumeur de plus sur une éventuelle annonce de séparation du couple présidentiel lancée, la semaine dernière, par un site qui a un nom de domaine en .info. Du coup, Laurent Joffrin, le patron de Libération, en fait un édito qui a énervé quelques blogueurs de la basse-cour parisienne.” (…) On peut regretter que Laurent emploie un terme aussi général. La “blogosphère” n’existe pas.”
J’aime assez (joke) le condescendant “basse-cour parisienne” et autres noms d’oiseaux du billet, tout comme les sentences de donneur de leçons du père Klein dont j’apprécie souvent les infos par ailleurs (avec son Phare qui éclaire notre nuit). Mais le Monsieur est journaliste, lui.
Sur Rue89, l’analyse décrypte plutôt bien la situation : Les médias chauffés à blanc. Des prémices sur bakchich.info à la sortie de l’info (ou intox ?) dans l’Est républicain et la Tribune de Genève, avec quelques sujets dans Le Parisien, Libé, le Canard.
Birenbaum quant à lui décrit parfaitement cette “sorte de chasse au scoop à l’envers à laquelle nous avons assisté aujourd’hui. Une nouvelle version de la patate chaude. “ Avec cette conclusion qui le fera mentir quelques heures plus tard (à l’insu de son plein gré ?) : “Bilan de la journée ? Ce soir on peut dire que tout le monde (qu’il l’avoue ou qu’il le démente) sait à peu près la même chose, mais que tout le monde attend. Comme hier. Comme la semaine dernière. Et peut-être bien - qui sait - pour longtemps.”
Tout ça pour quoi ? Du pain et des jeux, qu’ils disaient, les Romains.
Pendant que la “première dame” (tiens, je ne savais pas qu’on était en Amérique, ici) se la joue à la Diana, à quoi rêvent-ils, les Français ? Sûrement pas du rugby dont toutes les rédactions nous rebattent les oreilles. D’un peu de dignité, sans doute. Peut-être qu’on s’intéresse enfin à leur vie. La vraie.
Mise à jour du 15/10/2007
Même le Nouvel Obs.com s’y est mis, dimanche… Selon Alain Jourdan, de La Tribune de Genève : “les patrons de presse sont tous amis avec le président. Tant que l’info n’est pas officielle, elle n’existe pas”. Et “beaucoup” de journaux attendraient “une permission élyséenne pour pouvoir” écrire que le couple s’est séparé.”
Elle est belle, l’indépendance de la presse, hein ?
Je reproduis ci-après l’intégralité d’un billet du 24 septembre, intitulé : “Sarkozy étouffe les journalistes”, publié sur le réseau Voltaire.
Dans une conférence de presse commune, les six syndicats français de journalistes (SNJ, SNJ-CGT, USJ-CFDT, SJ-CFTC, SPC-CFE-CGC, SJ-FO) ont dénoncé les menaces qui pèsent sur l’indépendance des journalistes et le pluralisme de la presse. Selon David Larbre (SNJ, majoritaire), la situation n’a jamais été aussi grave depuis la Seconde Guerre mondiale.
Les journalistes ont énuméré une longue liste d’exemple mettant en évidence trois tendances : censure des articles jugés défavorables par le président Nicolas Sarkozy (ainsi l’interdiction de publication d’un article sur Cécilia Sarkozy par la direction du Journal du Dimanche ou d’un sondage sur Nicolas Sarkozy par la direction de La Tribune) ; tentatives judiciaires de rompre le secret des sources (avec notamment la perquisition au siège du Canard enchaîné à la demande des avocats du président de la République) ; main-mise de Nicolas Sarkozy et des grands industriels qui lui sont liés sur les principaux organes de presse (allant jusqu’à la nomination du directeur adjoint de campagne de Nicolas Sarkozy à la direction de la principale chaîne de télévision, TF1).
Les journalistes sont d’autant plus vulnérables à ces pressions que la moitié d’entre eux sont soit au chômage, soit employés avec des contrats précaires.
Interpelée par l’intersyndicale, la « ministre de l’Information », Christine Albanel, a refusé de recevoir les représentants de la profession.
Après un album controversé en 2005, après avoir quitté son label (Wagram), Mass Hysteria revient sur la scène avec son gros son. Et la pêche. Mouss, le chanteur du groupe, explique comment.
Un album controversé en 2005, Mass Hysteria sans label… Comment avez-vous vécu ce passage à vide ?
On l’a vécu au jour le jour ! Après trois albums chez Sony, le contrat s’arrêtait. Nous nous sommes retrouvés sans maison de disque et finalement ce n’était pas si facile de retrouver un label. L’enthousiasme du groupe s’était un peu émoussé, il ne restait ni la flamme, ni la magie. On a fait un bilan, après sept ans de tournée non-stop on avait besoin de faire un break. Pour revenir les batteries chargées à bloc. C’était une période en demi-teinte. Petit à petit, l’envie est revenue. On a pris du temps pour s’occuper de nos enfants – nous sommes tous papas. Six mois à la maison sans rien faire.
On avait envie de faire mais sans savoir quoi. Je traînais à cette époque avec Miossec, il a écrit quelques textes pour nous (voir la vidéo).
On en a finalement gardé cinq. Moi, ça m’a débloqué pas mal de choses. C’était pendant la période du 21 avril 2002. Les textes de Miossec en parlaient alors que ce n’est pas son style, la politique. Il a mis là des choses qu’il pensait mais qu’il n’oserait pas chanter lui-même. Nous, on l’assume.
On a signé en 2004 chez Wagram, je pense grâce aux textes de Miossec, ça a mis un peu d’épices dans l’acceptation d’une signature ! En 2005, l’album sort. Noir. En plus plus il n’a pas de titre, c’est un album éponyme. Après coup, je trouve que ça dénote bien l’humeur du moment pour le groupe. On était dans l’introspection et l’intimisme, alors qu’avant nos messages étaient plus universels. La musique s’en est ressentie.
Comment le ressentez-vous aujourd’hui, cet album objet de beaucoup de critiques de la part de vos fans ?
Cet album noir, on l’adore finalement. On a envie de le défendre. Avant, on avait du mal ! Et c’était l’époque où le marché du disque se cassait la gueule. On a fait une bonne tournée en 2005-2006, on a commencé à recomposer avec une pêche d’enfer. Je crois qu’il fallait passer par ce creux, assimilé, assumé. Et Wagram n’a pas voulu du nouvel album.
Retour à la case départ, sans label, c’est un peu dur, non ?
On s’en fichait en fait, on était partis pour l’autoproduire. Ils nous ont demandé de faire plus rock, plus pop, alors ça nous arrangeait bien finalement de partir. Et puis, pendant l’enregistrement de l’album, At(h)ome est arrivé. C’est le label qui produit Lolofora, Kaolin, les Beautés vulgaires, Lazy, que des groupes de scènes. En plus, ils sont indépendants. Nous, on était motivés comme jamais. C’est un retour aux sources.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de composer à nouveau ?
Les dix ans qu’on vient de vivre : on a resigné le bail, pour dix ans encore j’espère ! Ce creux est arrivé après sept ans du groupe, c’est une durée symbolique, comme chez les couples. On vit une histoire d’amour avec Mass Histeria. On est toujours ensemble, on mange ensemble, on fait les cons ensemble. Tout ça s’était un peu essoufflé. Cet album noir nous a permis d’évacuer une espèce de spleen.
Une somme de détails, titre de cet album, ça veut dire quoi ?
Le titre de ce nouvel album, ça signifie : la vie est faite de détails, c’est un assemblage de petites choses, un chapelet de vie. Et le plaisir, il faut savoir l’attraper. Aujourd’hui, on n’a pas envie de s’arrêter, on ne s’est jamais embrouillés entre nous.
Comment vivez-vous le départ du guitariste, Olivier Coursier, qui a formé Aaron avec le succès que l’on sait ?
On est toujours en contact avec lui. Il s’occupe des machines, il travaille encore pour nous, pour le fun. On ne peut pas en vouloir à quelqu’un qui s’émancipe et trouve son épanouissement ailleurs. C’est lui qui a amené l’habillage pop et son piano à Mass Hysteria, il est créatif, c’est un vrai auteur-compositeur. Je lui souhaite bonne route. D’ailleurs, il jouera bientôt dans cette même salle (1).
Propos recueillis par Isabelle Jeannerot - photo : Alex Giraud
(1) Aaron sera à l’Espace culturel Leclerc le 26 octobre.
J’ai 16 ans. J’ai 16 ans et je veux vivre. Furieusement. C’est pour ça que j’ai planté la grande fourchette, celle à trois doigts, dans le cœur de papa. C’est comme ça qu’on fait il paraît pour les éliminer. Maman, sœurette et moi, on se regardait muettes d’horreur quand il a commencé à faire une entaille à chacun de nos doigts. Oh, une toute petite marque, chacune notre tour, avec une application délicieuse, ses yeux flamboyant d’une lueur jaune. Il a replié le manche de corne de son Laguiole et a contemplé son œuvre, satisfait de notre silence. C’était dimanche, maman avait mis les petits plats dans les grands.
Mais c’est quand ses yeux ont lancé des éclairs, quand j’ai senti la maison vaciller sur ses bases que j’ai décidé de réagir. Je me suis levée de table tranquillement, pour aller dans la cuisine. J’ai calmement empoigné l’ustensile et, sans prendre le temps de réfléchir, je l’ai plantée à l’endroit du cœur. Sans un remords.
Maintenant, on voit ses oreilles pointues reprendre leur forme d’origine, et un liquide vert épais s’écoule de la plaie. Il me regarde d’un air interdit et, durant un instant trop bref, je vois qu’il a compris lui aussi qu’il s’était fait avoir. A sa façon de fermer son regard au monde, avec lenteur, je sais que c’est ce qu’il voulait que je fasse.
Dehors, la pluie s’égoutte sur les feuilles des noisetiers, un grand feu se dresse au milieu du jardin. Mes oncles et mes tantes sont là pour poursuivre le rite et brûler le corps sans vie de mon père avant que le démon aux yeux jaunes ne s’implante dans un autre être. La parade grotesque que nous dansons tous autour des flammes se voile de gris tandis que la pluie redouble. On sait tous qu’il fallait le faire. Il n’y avait pas d’autre choix.
Comme des centaines avant lui, mon père a payé de sa vie sa résistance à l’esprit silencieux qui s’est emparé du pays depuis le 6 mai. Le cœur lourd, nous recueillons ses cendres pour les disperser au gré des vents, ainsi qu’il l’aurait voulu.
Dans la descente à-pic de la rue des Vallées, ma 4L file à tombeau ouvert. Les freins ne répondent plus. Je sais que j’ai perdu à mon tour.
La saison a démarré très fort au Camji samedi dernier. Avec les Debout sur le zinc, sept gars unis par le plaisir de jouer et un nom sorti du chapeau de Prévert. Salle comble pour deux heures de concert enfiévré, où William pieds nus à la contre-basse semble comme en transe, où les instruments changent de mains pour un titre expérimental (Chloée), où les mots résonnent aussi fort que les notes.
Ni fatigué ni blasé, Simon Mimoun m’accorde gentiment après le concert cette interview, publiée sur le site de Rue89.
Photo : Lucie Sundermeijer, avec l’aimable autorisation du Camji.
Je n’aime pas le rap en général, sauf les antiques Sugarhill Gang et leur Rapper’s Delight qui ont souvent tourné en boucle sur ma platine.
Sur Myspace, Mr Freeze m’envoie cette vidéo : ça vient de Vendée.
C’est carrément vulgaire, pas mal ringard, plutôt drôle. Le rap “100% ploucs” vu de chez nos voisins où depuis vingt ans “Vendée rime avec Villiers”.
Longtemps, je me suis sentie assignée en résidence à Niort. Echouée avec enfant et sans bagages sur les bords perdus de la Sèvre. Par mon job d’abord, la décision d’un juge ensuite.
Longtemps, je me suis sentie orpheline du macadam parisien. De ses pavés mouillés après la pluie, de ses petits matins blêmes au sortir des concerts. Ici, la vie est si calme, parfois trop. Il y a des jours où même les embouteillages et la pollution me manquent (si si !). Et comme tout le monde connaît tout le monde, j’ai parfois le sentiment de vivre sous surveillance : impossible de sortir la mise en désordre et le cheveu décoiffé !
Désormais, plus rien ne me retient ici. Rien ? Tout !
Parce que, dans la capitale des mutuelles, la vie est tellement facile : on a tout sous la main. Les services et les commerces à 10 minutes à pied, le supermarché et le véto à trois tours de roues, les balades en campagne ou à la mer quand on veut. Sans oublier un paysage culturel dont on n’a pas à rougir pour une ville de province. Avec notamment une programmation musicale hors des sentiers battus, que ce soit au Camji ou à l’Espace culturel Leclerc, mes deux salles préférées. Une prog que d’ailleurs même mes amis parisiens m’envient…
Et puis, dans mon travail ou dans mes loisirs, j’ai rencontré beaucoup d’honnêtes gens. Certains sont devenus de vrais amis. Entre les Niortais et moi, qui a apprivoisé l’autre ? Je ne saurais dire. Mais pour la première fois depuis que j’ai quitté ma grande maison de Seine-et-Marne, je me sens enfin chez moi quelque part. Ici.
PS : Niort j’adore, c’est aussi le titre d’un billet de Jam’s Brain, dont je me demande encore s’il faut le prendre au premier ou 25e degré…